Vent du large (version étoffée)

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Vent du large (version étoffée)

Message par Dari le Dim 8 Fév 2015 - 23:49

Je peins le corps des feuilles, avec le vent des steppes.
J'étreins l'abord au cœur, vissé à chaque nouveau départ,
Je peins les pastels et les ocres sur les maisons du port.

Je peins ma vie trop dérisoire et mes veinules trop vastes,
Pour contenir l'essence indicible du songe,
Tout au long de la route.

Je peins l'amour intense, et la pluie qui clapote.
Un art de ventriloque...

Je peins les bords du ciel, avec le sang des joutes.
Je peins la rade étroite, et l'horizon sans frein.

J'éteins la nuit trop longue
Et la monotonie des cités de métal.
Je peins les toits des villes, le murmure de l'appel.

Je m'écrie et je m’époumone : que viennent les splendeurs de la science
Tandis que la douleur étalonne le danger...

Langueurs et perfections, paresses, état d'absence, état de non-souffrance : empathie du soma.
Mon royaume pour ces leurres, fourberies impeccables.
Terre arasée : je chante, vif mais pas très affable.
Affalé sur le sceptre, fourbu au pied du trône, parmi les humains et les faunes.

Nous construisîmes des caravelles pour régner sur les océans,
Faisant preuve d'un Impérialisme pour le moins de mauvais aloi
A défaut de savoir s'intégrer au sillon.

Fort heureusement, nous n'arrivâmes nulle part.

Ô toi, moi, vous, pendus aux toiles,
De hauban en hauban, et puis de vergue en vergue,
Dans l'éther fascinant que génère la vitesse,
Ivresse des profondeurs fendues, sur le surf de l'écume.

Nos fureurs : déchaînements, des idolâtries, des étoiles,
Saturant sur la coque, ritournelle électrique, rupture après trop plein,
Des tensions dramatiques à chaque enfantillage,
Jamais sûrs d'échapper à la grande Némésis.

Pathétiques oiseaux du grand-large !

Nos fêtes : tonnerre d'écume, dans le vide océan !
Multitude des corps en mouvement, carreaux d'arbalètes au regard,
Un geste : tout s'éclaire, un accord : tout s'emballe.
Des alcools et des danses – pour le plaisir du jeu –
De fugaces formations, des liens et des déliés,
Sur la grand-voile et sur le pont,
Les musiciens et les sylphides.

Ô je me souviens des bons jours, pendus au gouvernail, rêvant d'éternité.
Inconscients des heurts du naufrage, et sautillant de vague en vague.
Flûte effilée crachant les flux de la méthode : quadriller le secteur, dénouer les cordages,
Préparer les canons, faire face aux navires de l'Empire.

Tant de luttes, remportées aux tripes, dès lors que perdre est l'évidence.
Tant d'escales, tant d'erreurs, et tant de poésie.
Tant de contrées sauvages, et de comptoirs précaires,
Avant de repartir continuellement vers l'horizon.

Ah, l'horizon : cette toile ! Vanité de pirate qui prétendrait l'atteindre,
Ce tableau sans limites que nous tentons de peindre,
Ce feu protéiforme que nous voulons toucher,
Cette quête superfétatoire.

Soleil, puissance masquée au delà des nuages, par-dessus la tempête,
Rayons du bout des doigts, chaleur du bout des reins,
Fuite encore, en douceur, dans les cieux inconnus...

Comment décrire cet évasion ? Par quel prodige alors les colonnes d'Herakles,
Pour nous pauvres pêcheurs méditerranéens ?

Fuite, peut-être, mais fuite agile, s'aidant des lianes et des rebords,
Au-milieu des courants froids de l'Atlantide nord.

Métaphore qu'est l'Exil : nos mains fusant, oblongues,
Et des nuits intranquilles la saveur de satin, le goût de Mélissandre
Sur la peau qui ruisselle, le désir comme un fleuve,
A la croisée des lèvres, au secret des alcôves.

J'aimerai quelquefois m'arrêter, m'installer quelque part, dans un port sans histoire.
Mais les lendemains sont fades, et l'urgence du départ rompt tous les pourparlers.

Déjà, nous revoilà en mer, tristes et rêveurs, avec le goût du sel :
Arrachés à nos ailes.

Poussière dégoulinant de la tourbe et du ciel :
Le début d'un cyclone...

Tempête secouant les têtes et brisant les échines !
Feu des orages grégaires, aux aurores boréales,
Valsant sur le pont sous les vents, parmi la Némésis marine,
Remous harmonieux de la mer couleur encre de Chine,
Corps du monstre invisible, émanant dans chaque goutte,
Renversant les murènes, arasant le récif.

Nocif : autan d'hiver, puissance de la bourrasque.
Arrachés à nos vérités, déterritorialisés, en stupeur et en suspension,
Nous traînons nos chaînes, de festin en festin, et de sacrifice en scandale.
Le mensonge qui parfois nous meut
N'efface pas la futilité

Avant nous, les scaldes faisaient office, aussi : horrible bénéfice des chœurs de la folie...
Une histoire quelquefois triviale d'humidités et d'orifices, liés par la génération,
Une histoire plus souvent bien triste : tracée de peines et de violences...

Or, par la septième ampleur, par la blanche étincelle, par le serment d'aurore,
Par la beauté des flots, des orques dans l'écume plongeant vers l'eau des cieux …
Nous ne voulons pas des conditions du contrat synallagmatique
De l’Être humain avec la Mort.

Halte, Heidi, Gare ! Terrain piégé : Feu d'artificiers, Chant des mines,
Plus de mystères et de jargon, plus de finasseries chinoisières,
Plus de rossignols : plus d'abri, plus de Verbe.

Plus que la pluie de titane, pilant les peaux, les lois, les pleutres, les pareîtres.

A cette fugace lumière, sur mes neurones de plomb :
Nous refusons la guerre :
Nous voulons la raison, prescience et connaissance,
Davantage de conscience !

Nous déclarons tenir, face au grain décimant les créations humaines.
Nous n'abdiquons pas face aux porteurs de néant,
Animaux d'énergie pullulant comme des spasmes.

C'est au beau milieu du cyclone : un lieu hors du passage, dans un temps modifié,
Que tu vois l'échancrure : elle scintille sur la crête de la vague furibarde,
Comme si cet arc-en-ciel entraperçu dans le creux soudain du mur d'eau
Signifiait davantage qu'un ultime exorde  
A aimer cette richesse du vif.

Dans les natures dormantes, pas mortes, souterraines,
De la trompeuse superficialité
De la surface,

Je me ressource, me saoule, de ces démesures liquides.
Dans mon bloc de ciment, au numéro 428 de la rue Y.
Dans le tissu urbain Zone tempérée du Nord : 65° Est.

Navire immobile, en semblance : d'herbe de vent, de mousson dans les grandes déserts.
De pierre, de manguier, de serval. Frontière encor. Fermant les yeux :

Dans le terminal. Au sub-profondeurs de la zone hadale ;
Fini les gestes emportés,
Lenteur absolue du mouvement.

Loin de là,
Au-dessus des rares zones émergées,
Continue la mascarade,
Le charivari des images :

Et les cinq tournoiements du sabre et de la plume,
Sur les chars qui défilent et les drones qui vrombissent,
Dans le reflet des grands écrans : courbes des  corps parfaits des nouveaux androïdes

Dehors: une pluie d'acide
Dans la coque de téflon des tactiques futuristes,
La guérilla des peurs, l'angoisse des prédictions.
Peu de prédilection, hormis celle de créer,

Sans armes, sans bagages, de brasser du chaos, dans la marmite de l'âme chauffant sur l'athanor
Aux soirs de solitude, de pleine lune et de brume.
Réchauffant des trous noirs.

Tissé de vagues, flot qui bouillonne, se désintègre et se reforme
Dans la même danse.
Tombe le crachin de mes mots :
Et mon sang qui rigole sur le trottoir, si noir,
Tout ce sang, goutte à goutte, qui marque le passage...

Mon sang témoigne encore que nous ne vécûmes pas sous le joug des arpèges,
Que nous vécûmes debout, face aux grands infinis,
Que nous fûmes bien vivants, de seconde en seconde, comme vivent les éphémères.

Face au vent glacé de l'arctique, les lendemains d'ivresse :
Vieille légende de marins,
Les monstres merveilleux, les chants et les sirènes.

Jamais pour l'avenir, toujours pour l'espérance,
Fruit sec de mon errance : tremblements et soupirs.
Susurrant l'hallali, déliant la mesure,
Et ces écholalies : va, veule vent vide, avide, éveil évanescent.
Courant sur la blessure, des étincelles de sensations qui fulgurent jusqu'à la suture.

Encore une résilience. Dans le désert immense, où ne suis accordé qu'aux violons de l'exil.
Encore un peu de chance.
Échoué sur la plage.
Encore une dernière dérade.
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Re: Vent du large (version étoffée)

Message par Cochonfucius le Lun 9 Fév 2015 - 11:30

J'aime beaucoup !
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Re: Vent du large (version étoffée)

Message par Dari le Lun 9 Fév 2015 - 20:53

Merci de tes encouragements, Cochonfucius, et merci de lire ce que j'écris.
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