Vent des steppes

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Vent des steppes

Message par Dari le Jeu 12 Nov 2015 - 12:55

1

Quand bougent enfin les feuilles qui signalent le départ.

Nous mettons en marche les moteurs.

De la fumée sort des turbines, de l'encre s'évase des échardes – résine, résidu d'émotion.

Encore, (la puissance) des guitares (livre argenté de ce mouvement) face aux structures (pouvoir) qui meuvent, suturent et parasitent les plus grandes espérances humaines.

Enfin, la nuit s'ébranle ; commencement du cyclone.

Des éclairs nécessaires pour percer les barreaux des prisons de l'esprit. Et des milliards de roses, prises dans le tourbillon, chacune extase unique.

Quand une pluie d'étoiles noires s'abat sur le versant éclairé de mes phases. Quand le temps s'arrête, un instant.

Un océan d'amour, presque à portée d'âme.

Des jardins qui commencent par une architecture – puis se perdent en friches, jusqu'au rebord des nuages – monte le parfum des fleurs, des sèves, des chevelures.

Puisque à l'extrême limite entre mort et murmure. Puisque déjà battu en brèche sur la muraille. Puisque ouvert jusqu'au sang sur les lignes du sol.

2

Évasion cosmétique dans les rayons d'une ruche bâtie dans le grand vide, reliée par un mirage, de planète en planète. Dialogue des flammes sous terre avec les ors du ciel.

Tentation. Le contrôle. La répression des spasmes. Puis la vague qui déferle, et libère la parole.

Danse de la braise avec le corps des nues célestes.

Danse de l'absence avec les contours du désir.

Transe dans la nuit, qui chante, exutoire chamanique.

Des cimes de la montagne, lointaines et dans la brume, je perçois cette émanation qui suggère de gravir encore, de graver capitales les lettrines de l'élévation.

3

Parti du fond des miasmes et des tréfonds sordides, des no man's land industriels. Parti sans garanties vers un avenir meilleur.

Extirpé du sordide par une déesse savante. Réinjecté dans le système pour accomplir ce sacerdoce : tamiser les formes du rêve, œuvrer, recherchant la formule.

Et nous taillons nos plumes sur le roc des grands ergs, près des rivières violettes où baignent, féeriques, les merveilleux sourires exilés de nos muses.

Et tirant les regrets comme on extirpe une balle d'une plaie sanguinolente.

Oui, nous marchons vers l'aube.

Dans les steppes, nous verrons passer les sept étoiles : l'amitié, le bravoure, le calme, la prescience – la loyauté, l'éveil et la miséricorde.

4

Nuits glacées que j'endure ; volupté de sentir la chaleur d'une idylle, dans le creuset du gel.

Certitude du combat que je mène aux ténèbres : réduire les trémolos, augmenter l'amplitude.

Réglages microscopiques, sans savoir s'ils pourront servir à quelque chose.

Le travail de sape se poursuit.

5

Projet tenace et multivoque, qu'il faut traduire dans toutes les langues. Subvertir la war machine.

6

Remplaçant les fusils par des fleurs, les pics d'acier par des torsades mélangées de neige et de miel.

Remplaçant le mortier par des oiseaux sonores qui verront, dans un siècle, peut-être l'échancrure.

Renversant les cieux pour de bon, les hiérarchies théologiques qui coupent le souffle de mes sœurs.

Renversant la tendance, renversant la vapeur.

Or, arrive un tournant crucial. Car, hélas, je défaille.

Et donc, tes yeux, tes formes, tes voluptés, tes songes – toutes ces splendides narrations, déclinées en russe, de ton corps – me donnent du baume au cœur.

7

Nocif.

Enfin révèle son premier objectif.

Dévoile un bord du masque.

Subvertir la machine de guerre.

8

Nous ne pouvons que pressentir l'aboutissement d'un tel labeur.

Des enfants chrysalides, qui grandissent par le rêve. Des femmes fleurs aux peintures des forêts archaïques. Des hommes flammes s'étirant au tournoiement des foudres.

Sempiternelle rupture – couleurs et psalmodies, audition et vision – toujours un bondissement vers l'éternel futur.

Des sources de jouvence, d'angoisse, d'émerveillement. Des sensations si fortes qu'elles déracinent les craintes.

Nous ne pouvons que sentir, susurrer cet exorde.

Marcher dans la poussière, emportés par le vent : nous ne pouvons que surprendre.

Nous ne pouvons qu'écrire, avant l'effondrement.

9

...
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Re: Vent des steppes

Message par Cochonfucius le Jeu 12 Nov 2015 - 16:32

Excellent !
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Cochonfucius
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