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Message par Cochonfucius le Ven 5 Aoû 2016 - 21:32

Spinoza
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(Borges y C.)

Bruma de oro, el Occidente alumbra
la ventana. El asiduo manuscrito
aguarda, ya cargado de infinito.
Alguien construye a Dios en la penumbra.


Un brouillard d'or du Ponant illumine
Une fenêtre, éclaire un manuscrit
Où l'infini se trouve circonscrit.
Un homme assemble Dieu dans sa chaumine.

Un hombre engendra a Dios. Es un judío
de tristes ojos y de piel cetrina;
lo lleva el tiempo como lleva el río
una hoja en el agua que declina.


Un homme engendre Dieu, ayant la mine
D'un Juif aux tristes yeux et au teint gris ;
Le temps l'étreint comme un fleuve ayant pris
La feuille qui aux faibles eaux chemine.

No importa. El hechicero insiste y labra
a Dios con geometría delicada;
desde su enfermedad, desde su nada,


Qu'importe ! Le chamane insiste, et configure
Dieu, avec sa subtile architecture,
Homme malade et ne pesant pas lourd,

sigue erigiendo a Dios con la palabra.
El más pródigo amor le fue otorgado,
el amor que no espera ser amado.


Il construit Dieu par sa propre parole.
Le plus prodigue amour est son pactole :
Il est l'amant qui ne veut point d'amour.
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Message par Cochonfucius le Ven 5 Aoû 2016 - 21:42

Donal Óg (Augusta Gregory and C.)
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It is late last night the dog was speaking of you;
the snipe was speaking of you in her deep marsh.
It is you are the lonely bird through the woods;
and that you may
be without a mate until you find me.


Tard dans la nuit passée, le chien parlait de toi,
Ainsi que la bécasse au fond du marécage ;
Serait-ce toi, l'oiseau qui va seul dans les bois,
Puisque sans moi,
tu n'as aucun compagnonnage.


You promised me, and you said a lie to me,
that you would be before me
where the sheep are flocked;
I gave a whistle and three hundred cries to you,
and I found nothing there
but a bleating lamb.


Ce que tu m'as promis, tu en avais menti,
Que parmi les troupeaux
tu voulais bien te rendre ;
J'ai sifflé, j'ai lancé des centaines de cris,
Un pauvre agneau bêlant
m'observe sans comprendre.

You promised me a thing that was hard for you,
a ship of gold under a silver mast;
twelve towns with a market in all of them,
and a fine white court by the side of the sea.


Tu m'as promis ce qui n'est pas à bon marché,
Un bateau fait en or, aux mâts d'argenterie,
Douze villes avec leurs douze grands marchés,
Puis une place blanche emprès la mer jolie.

You promised me a thing that is not possible,
that you would
give me gloves of the skin of a fish;
that you would
give me shoes of the skin of a bird;
and a suit of the dearest silk in Ireland.


Tu m'as promis ce qui toutefois ne se peut :
Des gants
faits de la peau d'un frais poisson de l'onde,
Des souliers
faits en peau d'un bel oiseau des cieux,
Un habit de la plus coûteuse soie du monde.

When I go by myself to the Well of Loneliness,
I sit down and I go through my trouble;
when I see the world and do not see my boy,
he that has an amber shade in his hair.


Au Puits de Solitude allant seule m'asseoir,
Je regarde en moi-même et vois ma meurtrissure ;
Je regarde ce monde où je ne peux te voir,
Toi dont un éclat d'ambre orne la chevelure.

It was on that Sunday I gave my love to you;
the Sunday that is last before Easter Sunday.
And myself on my knees reading the Passion;
and my two eyes giving love to you for ever.


Un dimanche j'ai fait de toi mon amoureux,
Dimanche qui celui de la Pâque précède,
Du Seigneur je lisais le trépas douloureux,
Mes yeux t'offrant l'amour sans fin et sans remède.


My mother said to me
not to be talking with you today,
or tomorrow, or on the Sunday;
it was a bad time she took for telling me that;
it was shutting the door
after the house was robbed.


Ma mère ne veut pas
qu'on se parle aujourd'hui,
Demain, ni aucun jour, il faut tourner la page.
De dire ça, le temps n'en fut pas bien choisi :
Quand l'oiseau est parti,
pourquoi fermer la cage ?

My heart is as black as the blackness of the sloe,
or as the black coal that is on the smith's forge;
or as the sole of a shoe left in white halls;
it was you that put that darkness over my life.


Mon coeur est aussi noir que la prunelle au bois,
Ou que le noir charbon dans une forge sombre,
Ou qu'un débris de cuir sous de blanches parois :
Tu as noyé ma vie dans la noire pénombre.

You have taken the east from me;
you have taken the west from me;
you have taken what is before me
and what is behind me;
you have taken the moon,
you have taken the sun from me;
and my fear is great
that you have taken God from me!


Tu m'as pris le Levant,
tu m'a pris le Ponant,
Ce qui est devant moi
et ce qui est derrière,
La lune et le soleil
qui vont au ciel tournant,
Tu m'a pris, j'en ai peur,
le Dieu de mes prières.









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Re: Traductions

Message par Cochonfucius le Ven 5 Aoû 2016 - 21:50

Mermaid (Anne Morrow Lindbergh and C.)
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Only the little mermaid knows the price
One pays for mortal love, what sacrifice
Exacted by the Sea-Witch, should one choose
A mermaid's careless liberty to lose.


C'est le prix qu'a payé la petite sirène,
Le sacrifice vain qu'elle a dû consentir :
La sorcière des mers lui offre de sortir
Des eaux qui abritaient sa personne sereine.

Into the smoky cauldron she must throw
A mermaid's kingdom, gleaming far below
The restless waves in filtered light that falls
Through dim pellucid depths on palace walls.


Au vieux chaudron de cuivre elle jette son règne,
Mille vagues qui vont d'un mouvement sans fin ;
La lumière versant ses rayons les plus fins
Sur les murs du palais qu'elle adoucit et baigne.

All childhood haunts must go, all memories;
Her swaying garden of anemones
Circled by conch-shells, where the sea-fans dance
To unheard music, bending in a trance.


Elle jette au chaudron ses souvenirs d'enfance,
Le coquillage blanc, l'anémone de mer,
L'hippocampe dansant sur un mystérieux air
Qui le rend tout rêveur et qui le met en transe.

No longer - now she seeks a mortal home -
Sharing with sisters laughter light as foam.
Those moon-bright nights alone upon the shore,
Singing a mermaid's song, are hers no more.


Puisqu'elle s'en va vivre au milieu des mortels,
Elle perdra son rire aux intonations claires ;
N'ira plus sur la plage, en sa clarté lunaire,
Chanter une complainte au léger goût de sel.

The magic sweetness of a mermaid's song,
She must abandon, if she would belong
To mortal world, the gift - O fatal choice -
That might have won the Prince, her golden voice.


Son chant, si lumineux et si sombre à la fois,
Elle ne l'aura plus, elle veut être humaine,
Elle abandonne ainsi sa force souveraine,
Son charme inégalé, sa douce et tendre voix.

The mermaid's silver tail, with which to dart
From octopi; the mermaid's coral heart
That felt no pain, she now must do without,
Exchanged for mortal longing, mortal doubt.


Sa nageoire d'argent lui donnait la vitesse
Pour distancer la pieuvre, et son coeur corallien
N'éprouvait point de peine ; elle perd ces deux biens
Pour gagner la douleur, le doute, la tristesse.
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Re: Traductions

Message par Cochonfucius le Ven 5 Aoû 2016 - 21:55

Autoportrait (Liliana Negoi and C.)
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i'm just a bunch of words in sweet disguise,
i live inside the scent of incense burning,
i travel on the wings of dreams that rise
inside that tender second of your yearning


Je suis ces quelques mots en savoureux costume,
Je vis dans le parfum des combustions d'encens.
Sur les ailes d'un songe on me voit, me glissant
Au coeur de ton désir tendre comme une plume.

to feel the taste of passion on your tongue...
i'm partly from this world of flesh and feeling
and partly from the one of songs unsung
that wrap your heart within a silent healing...


Sur ta langue je bois la passion qui s'allume,
J'appartiens à moitié à ce monde pensant
Et pour l'autre moitié, aux chants évanescents
Qui entourent ton coeur de bienfaisante brume.


i am not worth the beauty of your love
for i am just a mist of burning pleasures,
a flame lit by the angels high above
to guide you through the night's unearthly treasures...


Ne méritant ce coeur, je ne suis que plaisirs
Allumés par un ange aux ailes du désir,
Découvrant de la nuit les trésors incroyables.

so if you think my soul is what you're reading,
think twice - it's just the shadow of its bleeding...


Si tu crois de mon âme être le découvreur,
Sache que tu pourrais te trouver dans l'erreur,
Tu n'as que le reflet de son sang sur le sable.






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Re: Traductions

Message par Cochonfucius le Ven 5 Aoû 2016 - 21:59

Soldat (Rupert Brooke and C.)
---------

If I should die, think only this of me:
That there's some corner of a foreign field
That is forever England. There shall be
In that rich earth a richer dust concealed,


Si je mourais, qu'il soit de moi mémoire,
Disant qu'un coin de champ à l'étranger
Est anglais pour toujours. La terre noire
S'enrichira d'un terreau moins léger ;

A dust whom England bore, shaped, made aware,
Gave, once, her flowers to love, her ways to roam,
A body of England's, breathing English air,
Washed by the rivers, blest by the suns of home.


Terreau dont l'Angleterre a fait l'histoire
Avec ses fleurs, ses chemins passagers ;
Un corps d'Anglais dans son vivre et son boire
Et son soleil et son art de nager.

And think, this heart, all evil shed away,
A pulse in the eternal mind, no less
Gives somewhere back the thoughts by England given;


Pensez : ce coeur, que tout mal abandonne,
Battement d'absolu... pourtant redonne
À l'Angleterre un peu ce qu'il devait ;

Her sights and sounds; dreams happy as her day;
And laughter, learnt of friends; and gentleness
In hearts at peace, under an English heaven.


La vue, le son, le bonheur dans les rêves,
Le rire des amis, la paix, sans trêve,
Dans la douceur d'un firmament anglais.










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Re: Traductions

Message par Cochonfucius le Ven 5 Aoû 2016 - 22:06

Vivre soixante et dix années   (Tang Bohu 唐伯虎 et C.)
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人生七十古来稀,
前除幼来后除老,
中间光景不多时,
又有炎霜与烦恼.

Vivre soixante et dix années
Jamais ne fut chose donnée ;
C'est courte vie,

Surtout si l'enfance on retranche
Et la vieillesse et la nuit blanche,
L'intempérie...

过了中秋月不明,

过了清明花不好,

花前月下且高歌,

急需满把金樽倒.


Après notre fête lunaire,
Après la mi-automne claire,
Que vaut la lune ?

Après avril où tant de fleurs
Aux morts vont offrant leurs couleurs,
N'en aime aucune.

Jardin fleuri, lune charmante,
En votre honneur il faut qu'on chante,
Qu'un air résonne ;

Belle coupe à présent bien pleine
Demain n'offre plus de joie vaine
À nos personnes.


世上钱多赚不尽,
朝里官多做不了,
官大钱多心转忧,
落得自家头白早.

Tant de projets et tant d'affaires,
Tant de métiers, que sais-tu faire ?
Tant de souci ;

Ce qu'argent et travail procurent,
C'est que trop tôt ta chevelure
S'en va blanchir.

春夏秋冬捻指间,
钟送黄昏鸡报晓.

Plus vite s'en iront les mois
Que tu ne comptes sur les doigts
De cette main ;

La cloche a dit bonsoir au jour
Et déjà le coq dit bonjour
Au lendemain.


请君细点眼前人,
一年一度埋荒草,
草里高低多少坟,
一年一半无人扫.

Veuillez dénombrer les présents :
L'an prochain c'est l'enterrement
De l'un ou l'autre ;

Mais nos tombeaux, pour la moitié,
L'an prochain seront oubliés
Dans l'herbe haute.


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Re: Traductions

Message par Cochonfucius le Mer 15 Nov 2017 - 20:33

Sonnet de Bertazzi, sur un tableau de Reder
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Por un bacio dato da una bella e grande signora
Pour un baiser que donna une belle et grande dame

A un gatto
À un chat

Questo scolpito in tela amabil Gatto
Gustó di bella dea bacio amoroso,
E al vivo poscia fattone il ritratto,
Si tien bien custodito, e assai geloso.

Cet aimable chat qu’a dépeint l’artiste
Eut de la déesse un baiser très fou ;
Puis il a posé pour son portraitiste,
Lui le bon gardien, lui l’amant jaloux.


Affinchè appien possa serbarsi intatto
Qual Armellin, che vive timoroso,
El acció preso non sia, sen fugge ratto
À stare in bosco, o in luogo più nascoso.

Et pour que sa vie intacte subsiste,
Nous voyons l’hermine, un animal doux,
Qui va s’éloignant de voies et des pistes,
Cachée dans un bois, ou je ne sais où.


Cosi tu’ ancora, o Gatto avventurato,
Serba intatta la bocca e puro il core,
E à colei pensa sol, che ti ha baciato ;

Et toi, petit chat, toi l’aventureux,
Ton museau, ton coeur bien purs tous les deux,
Pense à celle qui ce baiser te donne ;


E fà che solo a me permetti amore,
Che un bacio scocchi e mi riprendi il dato
Bacio amoroso per temprar l’ardore.

Et fais que je sois ton unique amour,
Pour nous embrasser chacun, tour à tour,
Apaisant l’ardeur où je m’abandonne.


________________________________________

Voir

https://paysdepoesie.wordpress.com/2013/07/27/le-miroir-et-la-chandelle/

et aussi

http://www.strangehistory.net/2011/05/25/a-frightening-roman-cat/
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