Il y a 36 ans disparaissait Jacques Prévert

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Il y a 36 ans disparaissait Jacques Prévert

Message par ElBilqîs le Lun 11 Avr 2011 - 9:42

mais sa poésie nous touche toujours

Le chat et l'oiseau

Un village écoute désolé
Le chant d'un oiseau blessé
C'est le seul oiseau du village
Et c'est le seul chat du village
Qui l'a à moitié dévoré
Et l'oiseau cesse de chanter
Le chat cesse de ronronner
Et de se lécher le museau
Et le village fait à l'oiseau
De merveilleuses funérailles


Et le chat qui est invité
Marche derrière le petit cercueil de paille
Où l'oiseau mort est allongé
Porté par une petite fille
Qui n'arrête pas de pleurer
Si j'avais su que cela te fasse tant de peine
Lui dit le chat
Je l'aurais mangé tout entier
Et puis je t'aurais raconté
Que je l'avais vu s'envoler
S'envoler jusqu'au bout du monde
Là-bas c'est tellement loin
Que jamais on n'en revient
Tu aurais eu moins de chagrin
Simplement de la tristesse et des regrets

Il ne faut jamais faire les choses à moitié

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Être ange

Message par Cochonfucius le Lun 11 Avr 2011 - 10:22



poème de Jacques Prévert,
dans Fatras, page 131.




Etre ange

c'est étrange

dit l'ange

Etre âne
c'est étrâne

dit l'âne

Cela ne veut rien dire

dit l'ange en haussant les ailes

Pourtant

si étrange veut dire quelque chose

étrâne est plus étrange qu'étrange

dit l'âne

Etrange est

dit l'ange en tapant des pieds

Etranger vous-même

dit l'âne

Et il s'envole.

Stranger(s)

translation by Cochonfucius



I'm an angel,

this is so strange,

says the angel.

I'm a donkey,
that's so stronkey,

says the donkey.

You don't make sense,

says the angel, shrugging his wings.

But listen,

if "strange" makes sense,

"stronkey" is stranger than "strange",

says the donkey.

Stranger, so what!

says the angel, stomping his feet.

Stranger, good-bye

says the donkey

flying away.
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Re: Il y a 36 ans disparaissait Jacques Prévert

Message par Opaline le Lun 11 Avr 2011 - 14:29


En sortant de l'école
Nous avons rencontré
Un grand chemin de fer
Qui nous a emmené
Tout autour de la terre
Dans un wagon doré
Tout autour de la terre
Nous avons rencontré
La mer qui se promenait
Avec tous ses coquillages
Ses îles parfumées
Et puis ses beaux naufrages
Et ses saumons fumés
Au-dessus de la mer
Nous avons rencontré
La lune et les étoiles
Sur un bateau à voiles
Partant pour le Japon
Et les trois mousquetaires
Des cinq doigts de la main
Tournant la manivelle
D'un petit sous-marin
Plongeant au fond des mers
Pour chercher des oursins
Revenant sur la terre
Nous avons rencontré
Sur la voie de chemin d'fer
Une maison qui fuyait
Fuyait tout autour de la terre
Fuyait tout autour de la mer
Fuyait devant l'hiver
Qui voulait l'attraper
Et nous sur notre chemin d'fer
On s'est mis à rouler
Rouler derrière l'hiver
Et on l'a écrasé
Et la maison s'est arrêté
Et le printemps nous a salué
C'était lui le garde barrière
Il nous a bien remercié
Et toutes les fleurs
De toute la terre
Soudain se sont mises à pousser
Pousser à tord et à travers
Sur la voie de chemin d'fer
Qui ne voulait plus avancer
De peur de les abîmer
Alors on est revenu à pied
A pied tout autour de la terre
A pied tout autour de la mer
Tout autour du soleil
De la lune et des étoiles
A pied à cheval en voiture
Et en bateau à voile
Prévert

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Re: Il y a 36 ans disparaissait Jacques Prévert

Message par allégorie le Lun 11 Avr 2011 - 16:32

PROMENADE DE PICASSO

Sur une assiette bien ronde en porcelaine réelle
une pomme pose
Face à face avec elle
un peintre de la réalité
essaie vainement de peindre
la pomme telle qu'elle est
mais
elle ne se laisse pas faire
la pomme
elle a son mot à dire
et plusieurs tours dans son sac de pomme
la pomme
et la voilà qui tourne
dans une assiette réelle
sournoisement sur elle-même
doucement sans bouger
et comme un duc de Guise qui se déguise en bec de gaz
parce qu'on veut malgré lui lui tirer le portrait
la pomme se déguise en beau bruit déguisé
et c'est alors
que le peintre de la réalité
commence à réaliser
que toutes les apparences de la pomme sont contre lui
et
comme le malheureux indigent
comme le pauvre nécessiteux qui se trouve soudain à la merci de n'importe quelle association bienfaisante et charitable et redoutable de bienfaisance de charité et de redoutabilité
le malheureux peintre de la réalité
se trouve soudain alors être la triste proie
d'une innombrable foule d'associations d'idées
Et la pomme en tournant évoque le pommier
le Paradis terrestre et Ève et puis Adam
l'arrosoir l'espalier Parmentier l'escalier
le Canada les Hespérides la Normandie la Reinette et l'Api
le serpent du Jeu de Paume le serment du Jus de Pomme
et le péché originel
et les origines de l'art
et la Suisse avec Guillaume Tell
et même Isaac Newton
plusieurs fois primé à l'Exposition de la Gravitation Universelle
et le peintre étourdi perd de vue son modèle
et s'endort
C'est alors que Picasso
qui passait par là comme il passe partout
chaque jour comme chez lui
voit la pomme et l'assiette et le peintre endormi
Quelle idée de peindre une pomme
dit Picasso
et Picasso mange la pomme
et la pomme lui dit Merci
et Picasso casse l'assiette
et s'en va en souriant
et le peintre arraché à ses songes
comme une dent
se retrouve tout seul devant sa toile inachevée
avec au beau milieu de sa vaisselle brisée
les terrifiants pépins de la réalité.

Prévert.

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Un hommage

Message par Cochonfucius le Lun 11 Avr 2011 - 17:59

Le banquet des libellules.

On dit que Jacques Prévert leur a servi tous les yeux d'une mouche joués sur le même plateau, puis les traits d'une esquisse traqués par le croquemitaine sous la fleur immobile d'un sordide lampadaire, tous les pêcheurs d'Antibes devant le même poisson, et la sauce blanche du pangolin dans une soupière de fraises, un camembert de carton découpé sur une table de marbre, avec les cendres d'un cigare sur le quai d'une gare.

Cela n'est pas vraisemblable.

Un auteur plus tardif ajoute encore la jambe jamais pareille d'une muse endormie, et la très grande oreille de ses moindres soucis, la musette d'un chevalier blafard, la jonquille d'un privilège, la panse d'une écrevisse, la cambrure d'un paon, la violette d'un barde maléfique, la déesse d'un village en chocolat, la présence obsédante d'une chouette cachée sous une dalle funèbre, un lapin, un mouflon, un couillon, les lueurs de la bombe thermonucléaire, les roseaux de la friche, les drapeaux au pied du mur, une belette, une moufle, la rébellion, la vantardise, le vin, les prisons, la douleur, la connivence, un citoyen, un rameau ; le mouvement perpétuel attrapé à la main, la gigantesque statue de pierre d'un grain de sel marin, et une constellation australe dont le propriétaire est un chien.

Mais alors, pourquoi pas la bouleversante apparition d'un marsupilami sur une table de nuit, la lueur aveuglante d'une encyclopédie sur les tapis, le sabot d'un criquet, le pied nu d'une sirène dans l'Odyssée, un ticket de première classe avec ses bagages, le cri d'un journal du soir, le divan cramoisi de la jalousie, pourquoi pas la chaux vive d'un regard dans le visage de pierre d'une girafe assise près d'un horodateur ?

Rien de tout cela, elles ont juste mangé des moustiques.
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Re: Il y a 36 ans disparaissait Jacques Prévert

Message par Invité le Lun 11 Avr 2011 - 19:22

Il a la plume douce. C'est ce qui plaît aux enfants. Voici les deux poésies de lui que j'ai aimé réciter à l'école.

L'hiver
Dans la nuit de l'hiver
Galope un grand homme blanc
C'est un bonhomme de neige
Avec une pipe en bois,
Un grand bonhomme de neige
Poursuivi par le froid.
Il arrive au village.
Voyant de la lumière
Le voilà rassuré.
Dans une petite maison
Il entre sans frapper ;
Et pour se réchauffer,
S'assoit sur le poêle rouge,
Et d'un coup disparaît.
Ne laissant que sa pipe
Au milieu d'une flaque d'eau,
Ne laissant que sa pipe,
Et puis son vieux chapeau.


Le cancre
Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le cœur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec des craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.

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Re: Il y a 36 ans disparaissait Jacques Prévert

Message par JO le Mar 12 Avr 2011 - 11:29

Ma génération, quand elle était jeune, a adoré Prévert, l'a connu par coeur .
Et puis, il est passé de mode: pas assez "résistant" pendant l'occupation, a-t-on dit . Argument qui précipita Jean Anouilh aux oubliettes, aussi ...et d'autres, pourtant plus qu'estimables, par l'oeuvre .
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Vainement

Message par Cochonfucius le Mer 20 Avr 2011 - 17:55



Encore un hommage :

http://lutecium.org/stp/cochonfucius/vainement.html

Plein de dindons m'appellent qui me détestent bien
Ces vieux dindons chamaniques me surveillent montre en main
Me supplient de chiader tout ce qu'ils ont chiadé

Diablement
Diablement

Des cordonniers sont morts d'un seul coup sans un bruit
D'autres vivent encore et mangent des navets
Les autres les appellent et m'appellent vainement

Diablement
Diablement

Ces dindons qui sont morts déjà de leur vivant
N'ont jamais prétendu être des éléphants
Leur cerveau est tétramorphe mais il est bien élevé
Et d'un ciel de framboise il ne peut pas rêver
Jusqu'à Gourbipurée leur chemin est tracé
Et le Picard de sel la courtilière en danger
Le moment est venu de noyer le poisson
Car parcourant l'espace on entend les Bretons
Le Picard va s'envoler
La courtilière ira picoler

Diablement
Diablement

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