l'<< égoïsme >> chez Stirner

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Message par Invité le Mar 16 Sep 2008 - 12:25

Certaines oeuvres semblent faites pour n'être pas comprises. Ce ne sont pas seulement les mots, le langage dans lequel elles sont écrites qui les éloignent du lecteur. Mais, en toute rigueur, la seule manière de comprendre ce que dit un philosophe est d'avoir fait le même cheminement que lui, et de se retrouver dans ses mots. Je n'en connais pas d'autre. C'est pour cela que les philosophes, la plupart du temps, ne sont pas compris : ils exigent des lecteurs qui leur soient congrus.

Donnons un exemple. Le mot << égoïste >> chez Stirner a fait couler beaucoup d'encre. Il est rarement compris de la manière précise que Stirner l'entend.

L'égoïste de Stirner [voir le livre L'UNIQUE ET SA PROPRIETE] est l'Unique, ce qui reste de l'Homme une fois que l'Homme prend conscience de son unicité, du fait que, oui d'accord, il est peut-être blanc, noir, jaune, juif, chrétien, communiste, libéral, cependant tout cela ne sont que des adjectifs, au fond il est << Moi >>, << Moi, cet Unique >>, et c'est en tant que << Moi >>, radicalement unique, qu'il lui importe de vivre.

Il n'est même pas Homme ou Etre humain, car Homme n'est encore qu'un concept, une Idée, tandis que Moi est Moi, l'être réel qui n'est pas idéal.

Bon, ça c'est, si on veut, le point de départ, quoique Stirner le dise mille fois mieux que moi.

Maintenant, si on demande ce qu'est le Bien, ce qu'est le Mal, Stirner annule la perspective chrétienne qui est de dire que le Bien et le Mal sont le Bien et le Mal << de Dieu >> ou << selon Dieu >> (que Dieu soit le Dieu des Juifs, des chrétiens, ou bien encore un principe transcendant tel que l'Etat, la Famille, la Patrie, le Devoir, la Science, la Vérité, etc.)

Non, le Bien et le Mal, désormais, doivent être "mon bien", et "mon mal". C'est l'égoïsme.

L'erreur dans laquelle tombera alors le lecteur est de penser qu'il ne peut rien sortir de bon d'une telle doctrine (qui est à peine une doctrine), puisque rien de bon ne peut sortir de l'égoïsme.

C'est oublier que Stirner est le plus chrétien des Antéchrists. Si en effet, ma grand-mère est malade et que cela lui ferait du bien que quelqu'un se penche à son chevet, dois-je en déduire d'après la doctrine de Stirner, que Moi l'Egoïste je dois la laisser à sa souffrance et l'ignorer ?

Pas du tout ! Je vais la voir et je lui remonte le moral, passant un bon moment avec elle. L'innovation de Stirner, c'est de dire que je n'y vais pas poussé par un devoir absolu qui m'est extérieur, mais poussé par un désir de lui remonter le moral, d'être gentil, de l'aider qui est en fait... égoïste.

Si je plais à ma maîtresse, si ma maîtresse me plaît, c'est en vertu de l'égoïsme, car je m'entends à chercher ma satisfaction dans ce rapport. Mais il ne s'ensuit pas de là que dans ce rapport, chacun ne construit pas pour l'autre, au contraire. Il y a une jouissance commune et conviviale.

La seule différence avec la morale religieuse, c'est qu'ici, on ne se paie plus d'illusions.

En fondant sa morale sur l'égoïsme, Stirner crée un courant d'air frais. Il est vrai que je ne me suis jamais senti en bonne compagnie avec les hautes autorités morales. Stirner crée un << post-christianisme >> qui conserve de la parole du Nazaréen tout le caractère frondeur et révolutionnaire, mais la débarrasse de son contenu métaphysique et superstitieux.

Au fond, il n'y a pas d'acte altruiste : tout ce que je peux faire pour aider autrui revient à satisfaire mon désir d'être bon ou moral, autrement dit, l'acte est motivé. Mais les données de la religion obscurcissent cette vérité première, et, fort métaphysiquement, le philosophe ou le religieux s'écrient : << Comment ! Il se trouverait qu'un acte bon puisse découler d'une raison méchante ! Comment ! Il se trouverait que les racines de l'altruisme sont égoïstes ! Comment ! Il se trouverait que l'Absolu aurait en fait son origine dans le relatif, et le céleste dans le terrestre ! Impossible, impossible, impossible ! >>

Parce qu'elle se paie de mots, la religion présente une vision obscurcie du monde qui fait que le croyant est dans des ténèbres. Une évolution complète du quêteur de sens passe par une phase de croyance, puis par une phase de rébellion philosophique, après quoi tout est de nouveau possible, y compris une nouvelle forme de croyance, mais débarrassée de bien des illusions métaphysiques.

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Message par unfrèredulibreesprit le Sam 27 Sep 2008 - 9:43

bravo

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Message par Stirn Her le Ven 17 Juin 2011 - 1:33

J'adhère tout à fait à ce qui est dit quant au concept de congruence (voir Carl Rogers) et cela ne vaut pas que pour Stirner, mais aussi bien pour n'importe quel autre auteur ayant de par sa vie et sa pensée une originalité-propre.
Il est déplorable je trouve, de voir que nombre de personnes, et ce quelque soit le sujet et le niveau de réflexion abordé, ne sont en fait que de purs "croyants" qui s'imaginent "penser" et "réfléchir" à propos des sujets qui les intéressent, mais qui de fait en sont fort loin et ne font que répéter, analyser et synthétiser leur sujet de manière purement abstraite et sans même trop souvent se soucier de les vivre ou du moins de les mettre soi-même à l’épreuve de la réalité.

L’Égoïsme de Stirner n'a rien à voir avec l'idée que l'on peut se faire de soi-même lorsqu'on se la représente à la manière de l’égocentrisme trivial et commun (l'égoïsme involontaire, comme dit Stirner), tel qu'on peut l'observer tout autour de soi dans le monde et qui consiste plus simplement en une forme d'hypocrisie par laquelle on croit pouvoir demeurer indépendant des autres et de "leur" monde, tout en profitant de ces derniers pour les satisfactions qu'ils nous apportent personnellement.

Rien de plus FAUX !

Ce serait là, confondre l'individualiste (en opposition à "l'esprit d'équipe"), avec celui qui demeure délibérément hors-jeu.

De même, pour ce qui est du bien et du mal, l'Égoïste échappe là encore à cette dualité et loin de les considérer l'un et l'autre comme irréductiblement distincts, il les perçoit tels qu'ils sont, à savoir comme les deux extrémités d'une même règle et dont son intérêt égoïste n'est pas d'atteindre à une extrémité plus qu'à l'autre, mais de demeurer soi-même libre et indépendant de toute "Règle".
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Message par Stirn Her le Ven 17 Juin 2011 - 4:45

Voila déjà au moins trois milles ans que la Chair est tyrannisée par l'Esprit, la matière et les faits par la pensée, le particulier soumis aux généraités, l'individualité-propre à la grande "Connerie" collective et universelle etc., (Tout çà, c'est la même chose).

Et au centre du conflit, il y Moi : cet arbitre qui se voudrait impartial et qui en est cependant lui-même à la fois et tour à tour, la victime et l'oppresseur.

Or, ceci, le Moi que je suis très concrètement le sait fort bien et n'a pas le moindre doute à ce sujet, c'est pourquoi il a dû s'en faire une représentation idéale et faire de ces deux termes relatifs des absolus-contradictoires dans le monde Idéal de l'Esprit, là-même où Mon esprit ne serait plus tributaire de ma chair, mais régnerait indépendamment de tout obstacle matériel, comme le Ciel au-dessus de la Terre.

Mais si je laisse de côté l'Esprit et que je m'accorde le pouvoir et le droit de posséder également l'un et l'autre, en tant que ma chair et ma pensée m'appartiennent, alors je suis déjà et sans perte de temps, ipso-facto libéré du conflit.

Nul besoin pour çà, de chercher quelque "vérité" ou Idéal que ce soit, car au contraire, c'est lorsque je commence à me chercher que je me suis déjà perdu moi-même au royaume des "esprits", de la pensée et de l'Esprit.

Les deux, Chair et Esprit deviennent alors pour Moi, les deux extrémités du même balancier, grâce auquel je Me maintiens en équilibre au sein d'un seul et unique fondement, c'est-à-dire : Moi, l'Unique.

Et je me fiche bien alors de savoir ce qu'il en est après ma mort ou ce qu'il en est de la "vérité", car de toute manière, ce qui Est, sera. Tout comme Je Suis Moi et rien d'autre que Moi et aucune spéculation à ces sujets ne rendront la "vérité" plus belle ou plus mauvaise qu'elle n'Est. Car l'esprit peut bien changer notre point de vue sur les choses, mais jamais les choses elles-mêmes, sinon juste pour le seul plaisir romantique de les voir autrement qu'elles ne sont.

De là, viennent toutes les "sagesses" et autres "vérités" de merde qui font de ce qui Est, un monde imaginaire où s'affrontent quotidiennement les uns et les autres, de petites disputes en grandes guerres et cela hélas continue et ne cesse même de prendre des proportions toujours plus désastreuses dans le seul monde réel qui n'est autre que celui des vivants et de leurs propres diversités.

Mais la diversité, est précisément ce à quoi tout Esprit se refuse, à commencer par celle dont nous sommes nous-même constitué, en tant que chacun n'est jamais que Moi pour soi-même (et de là surtout, un même "Con" pour tout le monde : en général admiration
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