Le trou dans le bois.

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Message par Thierry le Mar 15 Déc 2009 - 21:13

Daniel Cowan fait une analogie entre notre perception de notre moi et un trou dans un morceau de bois...Ce trou peut être décrit par rapport à la couleur du bois, sa forme, sa dimension, la texture du bois, la régularité du contour etc...mais il ne s'agit réellement jamais du trou lui-même, c'est à dire du vide qui le constitue, de la qualité de l'air qui s'y trouve, en fait de tout ce qui se trouve dans l'espace même de ce trou et non de ce qui l'entoure. Les qualités du trou sont trop abstraites pour être clairement définies et surtout nous avons l'habitude (le conditionnement) de porter notre attention vers l'environnement plutôt que vers le sujet lui-même. Il en est de même avec notre "moi". Notre sens d'identité personnelle est généré par notre environnement et toutes les expériences vécues dans cet environnement. Nous construisons notre schéma en fonction de nos interractions avec cet environnement, notre capacité à nous y insérer, à y prendre forme, à nous modeler en fonction de toutes les influences que nous subissons. Possessions, rôles, appartenances, croyances, statuts, sont des données rapportées au fil de l'existence et nous les érigeons en identité. Et pourtant, ce "moi" n'est qu'un ectoplasme fabriqué sur mesure, par l'individu lui-même mais en fonction d'intentions projetées vers l'environnement. Il se moule en choisissant l'atelier de poterie qui répond à ses désirs. Cette identité devient son bien le plus précieux et il s'efforcera de la renforcer par des rencontres, des expériences, des situations qui valideront ces "choix".



Qu'en est-il si par malheur pour lui cet environnement vient à être perturbé à un tel point que les repères s'estompent ou disparaissent ? Que reste t-il de l'individu ? A quoi peut-il se raccrocher pour ne pas tomber dans le vide existentiel qu'il avait justement toujours évité d'explorer ? Cette conscience du vide survient avec une telle violence que tous les repères volent en éclat. Il n'y a plus de bois autour du trou. Divorce, chômage, dépression, maladie, accident, décès d'un proche, les éléments capables de ronger le bois comme des animaux xylophages sont nombreux et redoutables. Le plus souvent inattendus.

Jusque là, le "moi" se nourrissait de tout ce qui était "non moi" mais convenait à l'image de cette "identité". Si l'environnement devient une source de peur et de danger, ce vide jamais exploré n'offre aucun ancrage. C'est le néant qui apparaît, un néant aussi terrifiant que l'image que l'on a de la mort, il ne reste rien, l'individu a disparu parce que l'environnement ne le maintient plus en état. La mort nous sépare de la reconnaissance de nos proches, de la possession de nos biens, de nos réalisations matérielles, de tout ce qui nous entoure autant que de tout ce que nous portons, souvenirs, sentiments, attachements. Ces "pensées" ne sont d'ailleurs bien souvent que des excroissances de nos expériences environnementales. Elles sont générées par nos relations, c'est à dire encore une fois par des éléments autour du trou dans le bois...



Ce travail d'identification exige une dépense d'énergie constante et souvent une imagination débordante afin de multiplier les expériences favorables à cette construction. Les psychologues appellent ce fonctionnement "le renforcement psychologique". La vie devient donc une consolidation permanente par "expériences extérieures." Il se peut très bien que la personne soit parfaitement heureuse de ce fonctionnement. Mais elle instaure un fonctionnement très égotique dans le sens où l'environnement se doit d'entretenir ce fonctionnement. La plupart des activités humaines consistent à défendre cette identité et le bas niveau de synergie s'explique ainsi facilement...Il y a "moi", ce vide entouré par des entités vides qui existent de par leur environnement et qui me font vivre. Ca ne créé aucune cohésion, fusion, osmose mais un entrelac de relations de dépendances.



On en revient par conséquent toujours au même problème. Que se passe -t-il si tout s'effondre ?



La possibilité pour le trou d'exister enfin.
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Message par Geveil le Mar 15 Déc 2009 - 23:23

Ton analogie est très poétique et fort bien amenée, mais elle ne me convainc pas.
Ou alors, si je la pousse jusqu'au bout, je dirais que la vie vient bien d'un entrelac de relations et que si ces relations viennent à cesser, ...........il n'y a plus rien, donc en effet, un trou.

De plus, je ne suis pas tout à fait en accord avec ceci:
La plupart des activités humaines consistent à défendre cette identité et le bas niveau de synergie s'explique ainsi facilement...Il y a "moi", ce vide entouré par des entités vides qui existent de par leur environnement et qui me font vivre. Ca ne créé aucune cohésion, fusion, osmose mais un entrelac de relations de dépendances.
Avec le début de ce passage, oui, totalement, mais je crois que la fusion, l'osmose sont impossibles, il ne peut y avoir que des relations, qui peuvent aboutir parfois à des unions, et des unions parfois harmonieuses et durables. Mais pas de fusion, chacun reste seul avec sa subjectivité, chacun reste le centre du monde.
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Message par Thierry le Mer 16 Déc 2009 - 8:08

Gereve a écrit:Ton analogie est très poétique et fort bien amenée, mais elle ne me convainc pas.
Ou alors, si je la pousse jusqu'au bout, je dirais que la vie vient bien d'un entrelac de relations et que si ces relations viennent à cesser, ...........il n'y a plus rien, donc en effet, un trou.

De plus, je ne suis pas tout à fait en accord avec ceci:
La plupart des activités humaines consistent à défendre cette identité et le bas niveau de synergie s'explique ainsi facilement...Il y a "moi", ce vide entouré par des entités vides qui existent de par leur environnement et qui me font vivre. Ca ne créé aucune cohésion, fusion, osmose mais un entrelac de relations de dépendances.
Avec le début de ce passage, oui, totalement, mais je crois que la fusion, l'osmose sont impossibles, il ne peut y avoir que des relations, qui peuvent aboutir parfois à des unions, et des unions parfois harmonieuses et durables. Mais pas de fusion, chacun reste seul avec sa subjectivité, chacun reste le centre du monde.



Oui mais cette imbrication n'est pas tournée vers une conscience de la vie, de la source commune mais vers son détachement à travers l'identification personnelle que nous tirons de nos relations avec les autres. C'est là à mon avis que se situe le problème. Nous ne sommes pas impliqués dans une osmose mais dans une scission et nous nous construisons en fonction de nos différences. Evidemment que le développement de la personnalité est une évolution indispensable mais elle ne devrait pas se faire au détriment de cette conscience commune. Ce "vide" en moi est commun à tous. L'environnement n'est qu'un décor, pas une réalité intangible.
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Message par Geveil le Mer 16 Déc 2009 - 10:14

Pour résumer, veux-tu dire que les autres servent de faire-valoir ?
J'ai lu ton message sur la recherche du "comment" qui nous éloigne du centre de nous-même.
C'est bien ce que j'ai souvent constaté en dialoguant avec des scientifiques; ils croient expliquer la vie par des alignements de chaînes de réactions, mais ils ont oublié que la vie...se vit.
Je l'ai dans plusieurs interventions expliqué, le jaune n'EST PAS une chaîne de réactions mais ce qu'il y a au bout de cette chaîne, et ce qu'il y a au bout est inexplicable. Pourquoi un influx nerveux, parvenant dans certains neurones provoque du jaune alors qu'un autre, parvenant dans une autre partie du cerveau provoque un fa.
Une amie, chercheuse en biologie, a compris ma question, mais son mari a tout de suite répondu par je ne sais plus quelle considération sur la dépolarisation ou je ne sais plus quoi.

L'environnement est un décor, c'est un fait, mais c'est là que se joue la comédie humaine et sans ce décor, ce vide en nous ne serait rien car il n'est plein que de lui-même.
On peut dire que d'une certaine façon, ce "vide" se fait du cinéma, " sur l'écran noir de ses nuits blanches" comme dit la chanson.
Dans ton admirable texte dans " Gregoy Colbert", tu écris:
Qu’il soit pur Esprit ou inconnaissable Energie ou les deux à la fois, quel que soit le nom qu’on lui donne, comment pourrait-on étudier tout cela sans succomber à l’Amour.
Mais la suite du texte me fait répondre " Non, la mort d'un enfant qu'on écrase sous les yeux de sa mère, c'est trop cher payé même pour le plus beau coucher de soleil, même pour le travail de Grégory Colbert".
Alors, je ne peux qu'éprouver de la compassion pour cet être, ce " il y a" , ce mystère insondable, obligé de créer pour persister dans son être, au prix de souffrances indicibles.
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Message par Thierry le Mer 16 Déc 2009 - 15:53

Mais je ne parle pas d'amour envers un Dieu hypothétique cher Gereve mais envers la Vie. Et je suis tout autant effondré que toi devant les drames quotidiens de cette planète. Et il n'est pas nécessaire d'aller bien loin.
Je ne vois pas dans l'idée de Dieu, un créateur mais dans celle de la Vie une énergie qui cherche à s'étendre. C'est elle que j'honore et je ne lui attribue pas d'intentions paradisiaques...Elle fait comme elle peut et ça passe par les désordres humains. Elle n'y peut rien, ça n'est pas de son ressort. C'est à nous de ne pas piller ce qu'elle nous offre. Pour ce qui est de la Nature et de son fonctionnement "dévoreur-dévoré", il faut croire qu'il n'y avait pas d'autres possibilités...Ca reste du domaine du "naturel" par conséquent et il ne faut pas le voir avec notre regard effrayé. C'est l'humain qui a rajouté à ce fonctionnement le goût du sang ajouté à celui du pouvoir, c'est lui qui est sorti du cadre.

Je ne vois pas les autres comme des "faire-valoir", sinon d'ailleurs je ne serai pas là mais comme des possibilités de cerner par la qualité des rencontres le champ d'expérience du "vide." Qui n'est pas un vide au sens où on l'entend. Mais une conscience qui n'est pas du domaine rationnel de l'humain mais à un niveau cosmologique, je dirais...J'ai beaucoup de mal encore à en avoir une idée claire, à l'identifier par des mots, c'est juste un ressenti et je ne sais même pas si c'est une dérive mentalisée, juste un imaginaire qui s'emballe ou quelque chose que je peux réellement saisir...Le grand flou, quoi...
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Message par Thierry le Mer 16 Déc 2009 - 18:36

Le trou dans l'arbre est donc ignoré par notre obstination à nous concentrer sur l'environnement et les relations qu'il génère. Notre nature réelle est détournée, étouffée, ignorée parce qu'elle est beaucoup moins saisissable, elle réclame une vigilance constante. Le philososphe écossais du XVIII ème siècle, david Hume, regardait constamment "à l'intérieur de lui-même" pour essayer d'y découvrir une entité qu'il aurait pu appeler son "vrai moi" mais il tombait toujours sur les perceptions sensorielles et les "habitus." (La notion d'habitus (Aristote et Socrate) a été popularisée en France par le sociologue Pierre Bourdieu. L'habitus est pour lui l'ensemble des expériences incorporées et de la totalité des acquis sociaux appris aux cours d'une vie par le biais de la socialisation).

Cette difficulté provient du fait que le moi qui sous-tend toute expérience ne peut pas lui-même être expérimenté d'une façon objective. Dans une expérience, il y a l'objet expérimenté et le sujet d'expérience, l'expérimentateur. Comment faire de l'expérimentateur l'objet d'expérience lui-même ? Comment se détacher du sujet expérimenté lorsque ce sujet est l'expérimentateur ? Si je cherche à éclairer un suet à travers mon raisonnement, je dirige sur lui la "lumière" de mon raisonnement mais que vais-je éclairer si le sujet est lui-même la source de la lumière ? Ce rayon lumineux ne risque -t-il pas d'être manipulé par l'émetteur lui-même, ne risque -t-il pas d'être influencé, détourné, "enluminé" ?

Cela ne signifie pas pour autant que le vide dans le trou de l'arbre ne peut pas être éprouvé mais qu'il ne peut pas l'être dans le même champ d'expériences que l'environnement, avec les mêmes "outils". Ca ne serait qu'une hallucination à laquelle nous finirions par nous identifier comme nous le faisons pour notre "moi". Ca ne servirait à rien. Notre identité sociale, physique, psychologique, émotionnelle est fluctuante, instable, elle varie au fil des expériences. Ce sont des catalogues de caractéristiques qui ne sont pas intangibles. Mais il existe pourtant également un Moi, une entité immuable qui a le pouvoir de considérer ces changements sans que ces changements n'influent sur lui. C'est l'identité véritable. L'expérimentateur. Mais un expérimentateur qui doit parvenir à se dessaisir de lui-même comme "objet"...Ce serait un état de conscience pure, dépourvu de tout contenu. Il ne s'agit pas là de s'observer dans les évènements extérieurs mais d'entrer dans un espace sans expérience et que cette observation ne devienne pas elle-même une expérience...Au risque de renvoyer l'expérimentateur face à son objet... Etre conscient de n'être conscient de rien...Comme si l'on écoutait mais qu'il n'y ait rien à entendre. Mais ce silence est un bruit inaudible, il est toujours là. Alors quelle est cette conscience qui n'a conscience de rien ? Dans quel "univers" intérieur se trouve-t-telle ?

Beaucoup de mystiques ont écrit qu'elle était de l'ordre de "l'inneffable."

Le Tao Te King

"Le Tao qui peut être décrit n'est pas le Tao."



Le Mandukaya Upanishad.

"Ce n'est pas la connaissance extérieure

ce n'est pas la connaissance intérieure

pas plus que la suspension de la connaissance

ce n'est pas savoir

ce n'est pas ignorer

pas plus que ce n'est l'ignorance elle-même

ça ne peut pas être davantage vu que compris

on ne peut pas y indiquer de frontière

c'est ineffable et au-delà de la pensée

c'est indéfinissable

ce n'est connu qu'en le devenant."



Maître Eckhart, le mystique chrétien du XIII ème siècle.

"Tout ce que l'homme vit ici extérieurement en multiple est intrinsèquement Un. Ici, toutes les brindilles d'herbe, bois et pierres, toutes choses sont Unes. C'est la plus profonde profondeur."



Le vide dans le trou de l'arbre, le Moi, comme le point de fusion de la Vie.
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