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Message par Thierry le Mar 15 Déc 2009 - 21:34

Je trouve ce travail absolument sublime.J'en ai peut-être déjà parlé, désolé si c'est le cas.

https://www.youtube.com/watch?v=5Dde5b_q2Hk

https://www.youtube.com/watch?v=gSX444hQ5Vo&feature=related
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Message par Geveil le Mar 15 Déc 2009 - 22:57

C'est en effet sublime.
La réalité est sublimée.
Mais c'est du rêve.
Je suis devenu trop conscient de ce qui se trame dans la réalité, et je ne peux plus retourner en arrière.
Les lions sont beaux et majestueux, mais ils ont des puces et ont mauvaise haleine,
le vol des oiseaux, accompagné de la danse d'une femme est merveilleux, mais les oiseaux sont couverts de parasites,
la scène avec le singe m'a un peu gêné, car il y avait une connotation sexuelle,
les paysages qui m'entourent sont très beaux, mais en été, dans l'herbe couverte de fleurs, des araignées sucent le sang des papillons pris dans leur toile,
etc, etc,

Je me souviens avoir assisté à un concert de Jacques Brel. Là où j'étais assis, je le voyais de profil et pouvais voir, dans le halo des projecteurs, les postillons qui fusaient de sa bouche .


Quand on a vu l'envers du décor, comme je le vois, on ne peut plus l'oublier. Pour certains humains, le passage sur terre est comme un beau voyage, mais il vaut mieux qu'ils ignorent ce qui se passe dans l'arrière boutique de l'agence de voyage.
Mais qu'ils l'ignorent ou non, ils en sont objectivement les complices.

C'est peut-être pour cela qu'il y en a qui croient en Dieu et en un paradis, où on ne fait ni pipi ni caca, où on ne transpire ni ne postillone en parlant, où tout est pur, sans déchet.
Mais ça ne me paraît pas possible, ce ne peut être vivant. Si on prend la vie à bras le corps, il faut tout prendre, y compris la merde, et accepter d'être les complices de se qui se trame en coulisse.

Qui peut me guérir de cette lucidité?
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Message par Thierry le Mer 16 Déc 2009 - 8:25

Je n'ignore pas l'envers du décor Gereve. Ca fait déjà longtemps qu'il m'a sauté à la figure. J'ai écrit, écrit, écrit, pour chercher à comprendre. Des wagons de questions à longueur de nuit, des trains infinis qui roulent sans arrêt, il n'y a pas de gare, c'est comme ça. Et en même temps que je les regarde passer, je vois les visages ahuris des passagers. Chose étrange, il y en toujours un qui a ma tête.


"Plénitude de l'unité".



Il s’est levé à cinq heures. Très peu dormi.

Il marche vers le sommet des Grands Moulins. Il a garé le 4x4 sur le terre-plein habituel. Il est parti de bonne heure et espère atteindre au moins le col sous la dernière arête.
Autant il a pu voir dans l’apparition de la neige une similitude avec son esprit réclamant l’ensevelissement provisoire sous un tissu protecteur, la construction d’un refuge, autant la fonte actuelle de la neige et l’apparition d’un nouveau paysage révèlent immanquablement dans son esprit l’élévation de forces neuves.
Il marche dans son âme comme il marche sur la Terre. Avec un respect immuable et l’attente de nouvelles apparitions.

L’idée jaillit à la sortie d’un sous-bois. La Nature est le temple offert à l’homme pour se lancer dans la Voie. Mais l’homme, sans aucune reconnaissance, gonflé par ses prétentions, s’est extirpé de cette Nature impassible. La science affirme sans cesse qu’en expliquant les « comment », elle maîtrise les « pourquoi. » Ce n’est qu’une illusion. L’accumulation et la complexité des « comment » déjà identifiés par l’humanité ne lui a pas permis d’élaborer clairement la moindre explication originelle à tout cela. Nous sommes capables de comprendre les structures les plus diverses mais nous ne sommes pas pour autant capables d’expliquer, fondamentalement, l’existence de cette structure. Nous connaissons l’architecture du temple, ses contours, ses piliers, ses sculptures les plus abouties mais nous ne pouvons rien dire sur l’âme de l’architecte. En cherchant à expliquer cette architecture, nous avons oublié de l’aimer, en voulant imposer notre esprit nous avons délaissé l’Esprit. Notre égocentrisme a étouffé notre compassion et la nécessité absolue de contemplation. Seuls, les peuples appelés « primitifs » continuent d’adorer cet Esprit. C’est une des raisons profondes de notre volonté à les faire disparaître. Ils sont trop en opposition avec notre soif de puissance pour leur laisser la liberté de vivre différemment. Ils représentent tout ce que nous avons perdu et les éliminer favorisera la disparition de toute mémoire, l’anéantissement de la nostalgie. Il s’agit avant tout d’un problème spirituel, une certaine forme insidieuse de la mondialisation.

Dieu. Il a toujours autant de mal à se dégager des images imposées par la religion. Il ne pense pas à ce Dieu là. Celui qu’il ressent, il n’en a aucune représentation. Il s’agit bel et bien d’un Esprit et de rien d’autre. Et il n’a aucunement besoin d’un Jésus ni de ses apôtres, ni de toutes ces pratiques dogmatiques et étroites.
La Vie est son prophète.
La Terre est son église.
Les deux sont unis par l’Esprit.
Il ne comprendrait pas qu’un scientifique puisse exécuter son travail sans être frappé par la Foi. La Foi en la Vie. Non une Foi religieuse mais une Foi tournée vers l’Univers. Quel est donc le secret caché ? Et comment comprendre l’Architecte ? Qu’il soit pur Esprit ou inconnaissable Energie ou les deux à la fois, quel que soit le nom qu’on lui donne, comment pourrait-on étudier tout cela sans succomber à l’Amour.
Il s’efforce sitôt achevée cette projection verticale d’en instaurer l’opposé.
Si l’Univers n’avait finalement aucun objectif, qu’il n’était qu’une succession anarchique d’informations ayant extraordinairement, et non « miraculeusement », aboutie à une organisation viable, si tout n’était qu’un formidable hasard, si toute l’évolution n’était qu’un sursis à chaque instant maintenu, fragile équilibre, qu’une information malencontreusement insérée dans l’ensemble pourrait dérégler, alors nous ne serions également qu’un amalgame judicieusement assemblé à travers des millénaires de hasards, sous la menace permanente d’un grain de sable qui perturberait l’ensemble et entraînerait une évolution gigantesque ou peut-être notre disparition totale, ce qui à l’échelle de l’Univers, ne serait d’ailleurs qu’un infime changement. Ajouté à ce hasard dans lequel Dieu n’a aucune place, la Vie, si elle est considérée sous l’angle de la chair, n’est qu’une effroyable boucherie et cette abomination rejette avec encore plus de forces l’idée même d’un Créateur. Tuer pour vivre, telle est la règle. Tout, absolument tout, se transforme et évolue à partir d’autre chose. Tout est nourriture. Celui qui dévore sera un jour dévoré et chaque jour qui passe sur cette Terre voit se dérouler un épouvantable massacre dont il vaut mieux sans doute ne pas prendre conscience. L’incommensurable multitude de proies saisies à chaque seconde, ces chairs dépecées, ces ventres déchiquetés, ces herbes tendres broyées par des molaires d’herbivores et mâchées et remâchées dans l’ignorance du cri des herbes, ces êtres animés qui sitôt sortis du ventre maternel ou de l’œuf, pétrifiés par l’accession brutale à ce monde inconnu, vont périr déchirés par les dents acérées des prédateurs affamés qui veulent « naturellement » calmer les douleurs de leur ventre. La vie dans les océans est un condensé de ce monumental carnage. Les nuages d’œufs pondus, ces masses incroyables de vies larvaires, ces milliards d’alevins frétillants ne sont que les proies d’animaux plus grands et seuls quelques individus chanceux ou plus vifs survivront, permettant à chaque fois à l’espèce concernée de se sauver et de se reproduire, déclenchant aussitôt une nouvelle curée. Et tous les prédateurs qui se sont nourris de ces embryons et de ces diverses victimes n’ayant goûté à la vie qu’une poignée d’heures, seront à leur tour, alors qu’ils n’ont pas encore digéré leur festin, la proie d’autres animaux affamés, qui à peine rassasiés, serviront de pâture aux suivants, tout aussi voraces, impitoyables, indifférents. Tout se résume ainsi à un infiniment petit englouti par un infiniment moyen englouti par un infiniment énorme et tout cela massacré dans le même instant par l’homme, l’infiniment tueur. Car cet étripage constant mais naturel n’est sans doute qu’une fioriture si on le compare à ce que l’homme a commis, commet et commettra. Les millions de tonnes de poissons entassés et étouffés dans les filets dérivants et toutes les espèces « inutiles » rejetées aussitôt par-dessus bord sont avant tout des êtres frétillants de vie, et les monceaux de viande dépecés dans des abattoirs ruisselants de coulées sanglantes, ces agneaux, ces poulets, ces porcins hurlants sont des êtres vivants qui vomissent leur terreur.
Que dire des régiments d’enfants décimés dans les guerres, parfois en premières lignes, poussés par leurs pères, leurs viscères coulants dans leurs mains impuissantes, leurs jambes arrachées sur des mines anti-personnelles, leurs yeux crevés par des éclats d’obus, et les mères enceintes violées par des armées de monstres avant d’être éventrées et les bébés vivants cuits dans des marmites d’eaux bouillantes, les sexes coupés qu’on enfonce dans les bouches des prisonniers avant la dernière balle, les pendus qu’on lacère pour accompagner leurs derniers instants des rires ignobles des bourreaux qui se déchaînent, les blessés imbibés d’essence et autour desquels les tueurs dansent au rythme des flammes et des hurlements de ceux qui brûlent, il sait tout cela, il en a lu tout ce qu’il est possible de supporter. Le reste n’a jamais été écrit. Les lecteurs vomiraient sur les pages.
Si, sur cette Terre ensanglantée, chaque être vivant qui meurt poussait un cri puissant à l’instant où il succombe, qu’il soit animal, végétal ou humain, ce monde ne serait qu’un atroce hurlement indéfiniment prolongé et nous mutilerions certainement nos oreilles, préférant être sourds. Ce monde, sous l’angle de la chair, n’est que souffrance et notre naissance est le symbole même de ce piédestal sur lequel tout se bâtit car c’est notre mère qui souffre, parfois pendant des heures, pour nous donner vie.

Il s’arrête et sort le thermos de thé. Un gobelet. Les yeux fixés sur les mondes intérieurs.

Un hasard pourrait expliquer une évolution aussi monstrueuse mais un Dieu ? Se peut-il qu’un Etre créateur instaure volontairement une telle forme de Vie ? Et peut-on dès lors la qualifier de supérieure ? La supériorité par la mort. Voilà donc apparue la putain du Maître. Toujours prête à se donner, à s’ouvrir, indécente, à tout ce qui passe à sa portée. Faire mourir pour vivre, il n’y pas d’autre issue. Et la douleur, comme un soldat fidèle et attentif aux ordres de son Maître, insensible aux cris de pitié, viendrait ajouter à ce goût du massacre l’insupportable plongée dans les délires de l’âme humaine lorsque plus rien ne la maintient à flot et qu’elle s’abandonne à la répugnante délectation du sang. Et Dieu se cacherait là-dedans ? Difficile à admettre.

Le sac sur les épaules, reprendre les bâtons, relancer la mécanique des pas.

Il reste une dernière solution à laquelle la main mise inconsciente des religions lui avait interdit de penser. Se pourrait-il que Dieu soit un être fondamentalement mauvais qui s’amuse à nos dépends ? Se pourrait-il que cette nature que nous adorons ne soit qu’un terrain de jeu pour un Esprit pervers ? Que la beauté du décor ne soit destinée qu’à apaiser les douleurs que le Maître du jeu s’amuse à infliger à la troupe d’acteurs ? Se pourrait-il que la complexité de l’être humain, son évolution lente et obstinée ne soit pas un progrès mais une déchéance, l’éloignement sans fin du point d’équilibre ? Croyant courir après le bonheur, l’humanité, engagée dans une fausse direction, ne serait-elle pas finalement en train de le perdre de vue, de laisser disparaître dans les horizons lointains, dans une Histoire antédiluvienne, la Vie simple et belle, immuable, sans désirs de conquêtes, juste installée dans la contemplation du lever du soleil ? Dieu n’aurait-il pas choisi de laisser en paix les créatures les plus simples, de l’amibe au ver de terre en passant par la baleine bleue et de condamner l’espèce humaine à l’angoisse du néant, l’obligeant à s’épuiser dans une quête matérialiste totalement stupide mais qui l’amuse au plus haut point ?

Ne serions-nous pas ses victimes préférées ?
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Message par Geveil le Mer 16 Déc 2009 - 9:48

Je te salue, mon frère.
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Message par Thierry le Mer 16 Déc 2009 - 9:56

Gereve a écrit:Je te salue, mon frère.

Salutations distinguées :)
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Message par Thierry le Lun 21 Déc 2009 - 20:01

Une suite...Sur Dieu.

"Plénitude de l'unité."
C’est à l’élévation de son esprit que tous ses efforts s’attellent. Et dans ce domaine rien n’est jamais assuré et rien n’est jamais acquis. Il est bien plus facile et tentant d’abandonner. L’humanité n’a cessé de le faire. De nouveau, il voit le Progrès comme une route infiniment large empruntée elle-même par des progrès multiples. Les progrès de la médecine et de la technologie représentent les constituants les plus en vue, une bonne partie de l’humanité s’efforçant à tout prix de se voir attribuer les bienfaits de la première pour profiter des dernières trouvailles de la deuxième, réduisant les existences à de frénétiques possessions et rejetant la quête spirituelle dans les tréfonds de l’ésotérisme ou pire encore dans les mains des églises et des sectes. Il aimerait savoir ce que serait devenue la connaissance spirituelle si les hommes avaient employé autant d’énergie dans ce domaine que dans les deux progrès précédents. Serions-nous capables, par exemple, d’annihiler la douleur ou tout du moins de la dominer par la seule force de notre esprit ? Aurions-nous trouvé Dieu ? Le Dieu réel, pas l’entité ridiculement rétrécie à l’image de l’homme que les religions vénèrent. Pensant cela, une chaleur étrange parcourt son corps, des frissons jamais perçus vibrent dans son crâne.
Et c’est là que l’idée prend forme. Ne sommes-nous pas tous constitués de Dieu ? Ne s’est-il pas fragmenté pour concevoir la Vie et élaborer toutes les formes qui l’honorent ? Il sait bien qu’il n’est pas Dieu mais Dieu est peut-être en lui comme il est peut-être en Isabelle. Et la prothèse, dans ce cas, n’est jamais qu’une mécanique astucieuse permettant que la Vie de Dieu en lui fusionne avec la Vie de Dieu en Isabelle. N’est-ce pas cela l’extase amoureuse ? La réunification des fragments de Dieu dans un couple. Mais ne peut-on pas connaître cette extase avec toutes les formes de Vie que Dieu a lancées de par le Monde ? La tête lui tourne en imaginant l’intensité du bonheur que produirait cette communion ineffable quand il pense déjà à la force de l’extase déclenchée par l’amour humain. N’est-ce pas là que se trouve le Paradis Perdu ? Ou peut-être même le sens de toute une vie ? Dans cette capacité à reconstituer le corps de Dieu en aimant la totalité des fragments dans lesquels Il se cache. De la fourmi à la baleine bleue sans oublier les végétaux et peut-être même, mais la tâche lui paraît immense, tous les êtres humains.
Mais dans cette vision du Bonheur ultime, qu’en est-il encore une fois des enfants cancéreux ? Et de tous ceux qui portent en eux des maladies incurables ? Se peut-il que Dieu ne soit pas parvenu à les investir pleinement et que dès lors, la Vie se dérègle ? Dieu est-il parfois dépassé par l’ampleur de sa tâche ? Et si c’est le cas, n’avons-nous pas comme devoir absolu de l’aider à rectifier le travail en le soutenant par notre Foi ? N’ont-ils pas guéri, parfois, ceux qui sont parvenus à trouver Dieu en eux, à le reconstruire peut-être, à terminer le travail, aidés certainement par les maîtres du progrès médical ? Mais Hitler ou Staline, et tous les adeptes du génocide, que font-ils là ? Comment est-il possible qu’ils soient parvenus à enfouir Dieu en eux aussi profondément ? La folie peut-elle les excuser ? Mais cette folie, pourquoi aurait-elle échappée au contrôle de Dieu ? Est-ce encore l’ampleur de la tâche qui peut justifier cela ?
Les interrogations comme des bourrasques. Un tourbillon qui refuse de s’apaiser. Il se dit que le seul livre qu’il pourrait écrire sur Dieu serait un livre de questions ne comportant aucune réponse.
Plutôt que de demander pardon à Dieu pour nos incroyances passagères, ne devrions-nous pas pardonner à Dieu pour son incomplétude coupable ? Et si nos propres faiblesses n’étaient dès lors que le reflet de celles de Dieu ? S’il nous a fait à son image, ne portons-nous pas les traces enfouies de ses erreurs, ne réussissent-elles pas quelquefois à remonter à la surface, attirées peut-être par des fissures dans la carapace. Et si nous cessions de voir en Dieu un Etre parfait et que nous acceptions de le regarder comme un artisan sublime connaissant malheureusement quelques fatigues bien normales.
Pour ceux qui souffrent des conséquences des épuisements ponctuels de Dieu, l’ensemble des êtres humains ne devraient-ils pas faire preuve d’humanité pour pallier les déficiences de la divinité ? Dans cette attitude solidaire, affectueuse, attentive, certains hommes et certaines femmes dévoués au-delà du commun n’ont-ils pas déjà trouvé un aboutissement extraordinaire à leur existence ? Et certains malades ne sont-ils pas revenus de ce séjour dans les tourments de Dieu avec une sérénité et une lucidité exemplaires ? Ne devrions-nous pas apprendre à être malades ? N’y aurait-il pas dans cette attitude profondément réfléchie et sensible une voie d’accès à Dieu ?
Le Mal sur Terre et le combat des hommes contre les forces multiples qu’il déploie ne sont-ils pas simplement, et terriblement, la confession à nos oreilles des péchés d’orgueil de Dieu, de ses insuffisances, de ses égarements ? A-t-il cru pouvoir s’en sortir seul malgré le gigantisme de sa Création ? Ou bien s’agit-il de sa part d’une manœuvre volontaire ? A-t-il voulu, en plaçant quelques brèches dans la perfection de son œuvre, obliger les hommes à se lancer toujours plus en avant, vers une maîtrise totale de leurs existences ? A-t-il voulu par là nous montrer la voie de la délivrance ? Que serions-nous devenus si nous avions été affublés d’une éternité pesante et d’une félicité béate ? Nous n’aurions sans doute jamais cherché Dieu puisque nous nous serions crû son égal. C’est notre fragilité qui nous pousse à grandir et c’est pour cela que nous devrions en premier lieu remercier Dieu.
Brutalement, il s’aperçoit qu’il ne parvient pas, pour la première fois, à établir la réflexion inverse et que l’idée d’un Dieu inexistant ne trouve pas sa place dans sa tête. Car si Dieu n’existe pas, qu’en est-il de lui-même ?
Est-ce Dieu l’illusion ou nous-mêmes ? Sommes-nous simplement des formes agitées sur l’écran noir de l’Univers, créatures vides qu’un laborantin génial manipule ? Ces milliards d’êtres humains et ces milliards de milliards de moustiques et ces milliards de milliards de milliards de brins d’herbe ne sont-ils que les porteurs de Vie que Dieu imagine, des illusions d’optiques remarquablement constituées et pourquoi pas tout simplement les multiples versions d’un rêve divin ? Et si le Créateur venait à disparaître, le tour de magie disparaîtrait-il avec lui ? Et si le Créateur venait à être réveillé, inquiété par la tournure prise par ses propres rêves, dans quel Inconscient pharamineux serions-nous engloutis ?
Il lui est désormais effroyable de croire qu’il est né d’un hasard et que toute la Vie qui l’entoure n’est qu’un assemblage laborieux qui a connu durant des milliards d’années des ratages monstrueux. Il lui semble plus doux d’imaginer que dans son être, éphémère et dérisoire pour l’Univers, un Etre supérieur se cache, qu’une volonté puissante a conçu cette image, lui a insufflé un élan, l’a jeté en avant.
Et que maintenant, Il l’observe.
Car si la totalité de son être fonctionne, bien qu’une partie lui ait été enlevée, et qu’il comprenne plus ou moins bien les mécanismes qui maintiennent la cohésion de l’ensemble, il ne parvient pas à comprendre comment chaque cellule sait pertinemment à quoi elle doit servir. A aucun moment de son existence, il n’existe par sa volonté. Tout se fait sans qu’il intervienne. Il peut tenter de maintenir le ciment, de ne pas perturber l’ordre établi mais il n’est en rien responsable des battements de son cœur, des milliards de pensées de son cerveau et de l’extraordinaire complexité de son corps. L’organisation de tout cela dépasse l’entendement humain car encore une fois les « comment » déjà expliqués ne suffisent pas à éclairer l’essentiel. Comment tout cela est-il possible ? Non pas le fonctionnement mais l’idée elle-même ? Est-ce qu’il est acceptable et suffisant pour calmer l’inquiétude d’affirmer que le Hasard est le maître, la sélection naturelle une évidence, l’évolution des espèces une règle intangible ?
Lui n’est toujours sûr de rien.
Il se sert un verre d’eau fraîche.
Un désagréable sentiment de prétention égocentrique. L’impression d’un abandon narcissique. Il tente de faire machine arrière et de déceler l’instant où sa réflexion lui a échappé. Il en est persuadé en cet instant, les images étaient trop belles, elles le valorisaient, faisaient de lui une création planifiée, une intention parfaite. Il a basculé dans une mystique aveugle. Tout du moins, il le craint.
Il en vient finalement à douter de tout ce qui s’est dit dans sa tête et l’expression correspond pleinement aux sensations étranges, presque désagréables, qui lui restent.
« Tout » s’est dit.
Et cela l’effraie. Quel est donc ce « Tout » qui s’est imposé avec une telle efficacité ? Les délicieuses bouffées de chaleur qui suintaient de tous ces pores et l’enivraient. Une parfaite sensation de la paix extraordinaire qu’il a connue, un bref instant, quelques secondes. Tout est là. Juste une illusion ? Tourbillon.
Ne sommes-nous pas tous constitués de Dieu ? C’est à cette question que tout s’est produit, que cette paix indescriptible l’a saisi, que les angoisses sont toutes tombées dans le néant, que la délivrance a pris forme. La délivrance… Il s’est déjà approché de cette paix. Il était dans le ventre du dauphin. Il baignait dans un océan d’amour. Mais son incapacité à comprendre l’avait condamné à ne pas naître, à ne pas goûter à la délivrance.
Les larmes.
Qui est là ?
Qui frappe ainsi à la porte fermée de notre conscience ?
Comment l’appeler ? Le Grand Architecte, l’Esprit, l’Un, le Tout ?
Dieu ?
Si ce nom doit être gardé, il faut faire l’effort, immense et constant, d’oublier toutes les distorsions millénaires instaurées par quelques hommes pour soumettre les autres, d’effacer toutes les paroles mensongères, de détruire les églises, les crucifix, les autels et toutes les croix immondes qui ne sont que des murailles où les âmes aveugles viennent buter leur front soumis et désespéré et non des chemins qui élèvent. Le travail est titanesque, si énorme qu’on pourrait le croire réservé à un Dieu. Comprendre. La soif qui le brûle doit être étanchée, les horizons qu’il aperçoit doivent être parcourus, il ne peut plus en être autrement, une mission essentielle, une démarche aussi nécessaire que sa propre respiration.
Il s’agit de naître. Il n’y a pas de tâche plus vitale.
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Message par Geveil le Lun 21 Déc 2009 - 22:11

Tes textes sont tellements forts que je dois reposer mon esprit après les avoir lus. En tous cas, merci.
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Message par Thierry le Lun 21 Déc 2009 - 22:19

Gereve a écrit:Tes textes sont tellements forts que je dois reposer mon esprit après les avoir lus. En tous cas, merci.

Hum...C'est justement pour ça que les éditeurs n'en veulent pas... lol! Très touché que ça te plaise Gereve.
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