Religions organisées : l'importance du contexte historique ?

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Message par TheHitch le Jeu 26 Mai 2016 - 10:22

Quelle est l'importance du contexte historique pour déterminer la (les) bonne(s) interprétation(s) d'un texte religieux ? "Tu ne prends pas en compte le contexte", "ce n'est pas ça que l'auteur a voulu dire", etc. sont des réponses récurrentes dans les discussions sur l'interprétation des textes religieux, quelle que soit la religion. Mais sont-ce vraiment des questions importantes ?

La plus facile à répondre est celle de l'intention de l'auteur. A l'exception de sectes modernes dont le fondateur/gourou est encore vivant et peut répondre, on ne sait pas. Personne (jusqu'à preuve du contraire) n'est télépathe, ni ne communique avec les morts. Les seules choses disponibles sont les textes religieux, et les traces et documents historiques. C'est donc sur la base de ces seuls éléments que l'on peut juger de l'intention de l'auteur. Présumer d'une intention non-exprimée (en écrits ou en actes ayant laissé des traces) est un exercice vide de sens.

Mais qu'en est-il du contexte historique ?

Croire en une religion organisée implique d'accepter un certain nombre de dogmes. Au mieux, ces dogmes portent sur des choses invérifiables, infalsifiable (et donc sans aucune valeur), au pire ils portent sur des choses prouvées fausses. Dans tous les cas, accepter ces dogmes revient, d'une manière ou d'une autre, à rejeter quelque chose de la réalité, que ce soit le contexte historique, des preuves scientifiques, etc.

Prenons l'exemple de l'arche de noé chez les chrétiens. Il existe des milliers de dénominations chrétiennes, chacune avec leur interprétation. Concentrons nous sur deux extrêmes : les catholiques, et les évangélistes.
Du côté des évangélistes, la bible est la parole de dieu, à interpréter littéralement, car quand jésus parle en paraboles, il le dit explicitement, donc si il n'est pas dit explicitement qu'une histoire est une parabole, alors elle doit être historiquement vraie. Cela conduit à un créationnisme "hardcode", où la terre a environ 6000 ans, où le déluge a eu lieu, etc. Être évangélistes, cela implique donc de croire en un déluge mondial, recouvrant absolument toutes les terres, etc. C'est une interprétation scientifiquement prouvée fausse, par la biologie, la géologie, les traces historiques des autres civilisations, etc.
Du côté des catholiques, il s'agit d'une parabole sur l'élévation spirituelle. L'auteur, inspiré par dieu, a inventé une histoire qui décrit par la métaphore ce que dieu attend des chrétiens, et il n'y a pas de vérité historique. Dans le processus, cela nie complètement le contexte historique de l'origine de l'histoire, à savoir l'existence d'une inondation locale ayant inspiré un mythe babylonien, qui a évolué par la tradition orale jusqu'à être intégré dans la tradition juive sous la forme qu'on lui connait.

Ce que je veux dire, c'est que quelle que soit l'interprétation du texte, d'une manière ou d'une autre, il est nécessaire de rejeter *quelque chose* du monde réel (preuves scientifiques, contexte historique, etc) pour préserver le texte religieux. On pourrait se pencher sur toutes les histoires, tous les mythes, un par un, et inévitablement, l'acceptation de la grande majorité d'entre eux comme vrai (littéralement ou métaphoriquement) requiert de se détacher du réel.

Par conséquent, je pense que le contexte historique n'a aucune importance pour déterminer si une interprétation des textes est valide ou non. S'attacher au contexte historique signifie généralement rejeter autre chose de tout aussi réel. A partir du moment où la vérité et les faits ne sont pas importants, je vois assez peu la différence entre rejeter le fait X ou le fait Y. Par conséquent, toute interprétation du texte, cohérente avec elle même et avec le texte (dans une certaine mesure, car tous les textes ayant un certain nombre de contradictions, il est impossible d'être cohérent avec tout, de toutes façons), est une interprétation valable. Incohérente avec nos connaissances historiques et scientifiques, mais valable tout de même.

De toutes façons, la plupart des croyants ne connaissent pas leur livre sacré. La majorité des chrétiens ne connaissent de la bible que ce que leur en dit leur prêtre/pasteur. Un très grand nombre de musulmans ne connaissent du coran que ce que leur en disent leur imam, d'autant plus que l'accès aux traductions leur est interdit et que l'arabe n'est pas leur langue maternelle (Bangladesh, Inde, etc.). La majorité accepte l'interprétation qui leur est fournie par une figure d'autorité et s'en tiennent là, indépendamment du contenu réel du livre.

Et une des conclusions de tout ça, c'est que évidemment le contenu litigieux (violence, immoralité, etc.) d'un texte religieux ne dit pas grand chose sur les croyants. Si toute interprétation cohérente en interne et raisonnablement cohérente avec le texte est valable, alors il est aberrant de juger les gens sur la base du texte seul (et la critique du texte est indépendante de la critique du comportement des croyants). La croyance des extrémistes est peut être valable et justifiable par le texte, ils n'en restent pas moins responsables de leurs actes. Tous comme les plus modérés et libéraux des croyants justifient leur modération avec le même texte, une interprétation tout aussi valable, et sont tout autant responsables de leurs actes. On ne peut juger les gens que sur leurs actes, pas leur appartenance (affirmée ou présumée) à un groupe religieux.

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Message par Eliane le Dim 17 Juil 2016 - 11:44

Le contexte historique est une drôle de formulation ?

On pourrait parler de preuves archéologiques, plus justement.
Vous parlez de Noé ! Or, il semble acquis qu'il s'agisse d'un mythe mésopotamien, dont on a retrouvé la trace sur des supports plus anciens que la première rédaction de la Bible.

La réalité doit guider notre perception de la vérité.

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Message par TheHitch le Lun 18 Juil 2016 - 12:52

Eliane a écrit:La réalité doit guider notre perception de la vérité.
C'est exactement mon propos.
Je suis d'avis que toute religion contient des affirmations qui sont factuellement et démontrablement fausses. L'arche de noé est un exemple, il y en a de nombreux autres. Mais ça n'empêche pas les croyants de croire à certaines affirmations manifestement fausses de leur livre sacré (encore une fois, on peut mentionner l'arche de noé ...).
Des personnes m'ont fait la remarque que "X n'est pas la bonne interprétation, parce qu'on sait Y, d'après le contexte historique". Comme si les faits connus (ici, le contexte historique, mais ça pourrait être autre chose, comme la biologie et la géologie dans le cas de l'arche de noé) était une raison pour dire qu'une interprétation du livre sacré est mauvaise. Mais le fait que la réalité contredise l'interprétation des croyants n'est, à mon sens, pas une justification valable : des gens y croient parce que c'est écrit noir sur blanc, et parce que c'est écrit, c'est une interprétation valable. Si la seule valable interprétation des livres sacrés était celle qui est compatible avec tous les faits, alors la conclusion serait que l'intégralité des livres religieux (ou peu s'en faut) serait métaphorique (voir fausse) car en contradiction avec les faits observables.

Bref, pour moi, la cohérence avec les faits réels (ce qui inclut le contexte historique) n'est pas un critère pour juger si une interprétation d'un livre sacrée est valable ou non, parce qu'aucune interprétation n'est entièrement cohérente avec les faits. (et par "valable" interprétation, je veux dire une interprétation qu'il est justifié d'avoir, compte tenu de ce qui est effectivement écrit dans le texte).

Pour moi, il n'y a pas une "bonne" et des "mauvaises" interprétations d'un texte religieux. Il y a des interprétations plus ou moins valables, si elles sont justifiées par le texte lui même, et sont cohérentes avec elles même. La cohérence externe (= avec les faits réels), cad à quel point la religion est "vraie", est un problème distinct de la cohérence interne (= interprétation du texte cohérente avec le texte dans son intégralité), cad à quel point l'interprétation du texte est "valable". Et ce qui est "vrai" est déterminé par l'observation du monde, tandis que l'aspect "valable" ne prend pas en compte le monde et se concentre sur les différentes manières d'interpréter les textes eux-même.

Exemple : l'interprétation créationniste de la bible est, à mes yeux, plus "valable" que l'interprétation "métaphorique" (compatible avec l'évolution), mais elle est moins "vraie", c'est à dire beaucoup plus en contradiction avec les faits réels.

Donc à mon sens, aucune religion n'est "vraie", mais de nombreuses religions, et de nombreuses variantes de ces religions, sont tout aussi "valables" les unes que les autres (y compris les plus extrêmes). Parce que "valable" et "vrai" sont deux notions complètement distinctes (d'après moi).

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