Les rituels collectifs chez les bouddhistes

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Les rituels collectifs chez les bouddhistes

Message par Invité le Mar 31 Mar 2009 - 22:14

Ils se nomment "puja" chez les tibétains et sont très spectaculaires !

A ma connaissance, il n'y en a pas chez les bouddhistes zen, mais je ne connais pas bien, et les autres courants non plus.

Comme toujours, je ne vais pas faire un exposé ethnologique, mais partager mon vécu et vous donner ma vision personnelle. Je suppose que chaque participant le voit autrement, et c'est très bien comme cela.

Ce rituel vient de chez les hindous, il est l’expression de l’adoration d’une divinité.
Chez les bouddhistes tibétains, c’est devenu : Pūjā est le nom utilisé dans le bouddhisme à un rituel exprimant de la gratitude envers le Bouddha, ou une déité, forme pure de l'esprit, telle que Tchenrézi, personnifiant la compassion, Manjushri, personnifiant la sagesse, etc... (Wiki)

Il faut préciser que le mot « déïté » est employé pour différencier de « divinité ». Il n’y a pas de Dieu, donc pas d’adoration, dévotion, enseignés dans le bouddhisme. Cela n’empêche pas que beaucoup de pratiquants traitent Bouddha comme un dieu, à qui ils demandent des faveurs, etc. Mais c’est une déviation de l’enseignement original.

Les déïtés sont des figures humanoïdes représentant des qualités à acquérir. Certaines sont visiblement empruntées à la religion Bön, comme le terrible Mahakala.
Les pujas sont consacrées à une déïté. Chaque déïté a aussi son mantra : c’est une phrase répétées un grand nombre de fois.
La plus célèbre est « om mani Padme Om » = « le joyau dans la fleur du lotus », mantra de Tchenrézig, la déïté favorite des tibétains.

Cela se passe dans un temple, décoré de couleurs kitch pas possibles, face à une série de statues de bouddha et des tankas d’une flopée de déïtés. Le « public » s’assied sur des coussins ou sur une chaise, ouvre le livret avec les textes en tibétain sous titrés. Les lamas officiants entrent, on se lève (si on n’est pas déjà ankylosé par l’assise en tailleurs : on entend déjà les genoux craquer !) et on les salue avec respect. Tout le monde s’installe et le lama principal se lance dans une mélopée mal articulée à la vitesse d’un TGV. Il s’arrête et change de rythme quand il veut. Les participants essaient tant bien que mal de suivre, les débutants louchant sur les voisins expérimentés pour voir à quelle page on est déjà.

Les récitations chantées sur un mode simple, monocorde sauf les fins de phrases font penser au principe de mélodie grégorienne. De temps en temps, on agite les clochettes, on sonne de la trompe, tout le monde se réveille, le gong est frappé... on se croirait vraiment dans un film ou dans « tintin au Tibet ». Sans blague, juste pour le fun, ça vaut la peine d’avoir vu ça une fois dans sa vie.

En occident, les participants sont très sérieux, oulalaaaaa ! Une moto bruyante suscite des moues désapprobatrices, j’en ai même vu s’irriter parce qu’un petit enfant passe entre les rangs ! Mais à Samye Ling en Ecosse, où les tibétains sont majorité, c’est beaucoup plus cool : On se lève quand on veut, on va faire un tour, on revient, les animaux familiers entrent librement, les fous rire ne sont pas rares.

Mais que radotent tout ces gens ? Que signifient les rituels, les gestes, les prosternations ?

Ceux qui entrent font parfois 3 prosternations. C’est une marque de respect pour les qualités représentées par tous les occupants des tankas et des niches.

Puis le début de la récitation est souvent le rappel de la « prise de refuge ».
Suit alors une longue énumération de la lignée des sages. Cette énumération a pour but de nous rappeler cette vertu qui doit régner dans tous les foyers : l’humidité.
Pardon : l’humilité (le lapsus est authentique, mais en chaire)

Puis vient une description très fleurie et minutieuse de la déïté : en fait on énumère tous ses attributs, symboliques, évidemment. On la visualise dans sa tête.

De temps en temps, on fait un maximum de bruit (gong, trompes, clochettes) pour éloigner des mauvais esprits qui auraient le mauvais goût de passer par là.
Puis on récite le mantra à voix haute, puis à voix basse, pendant quelques minutes. On imagine la déïté qu’on a si bien visualisée entrer en nous, nous envahir et nous communiquer ses qualités. Ensuite viennent de multiples formules de politesse, souhaits de prospérité pour l’humanité, etc.

Bon, mais que signifie tout cela ?

Etant agnostique compulsive et ayant l’habitude du yoga et de chanter des « oooooommmmmm », j’ai analysé cela en partant du principe que les sages qui avaient composé ces puja n’ont rien laissé au hasard. Voici quelques suppositions.
Ce que j’explique n’enlève rien au caractère symbolique ou au sens profond. La forme et le fond se soutiennent mutuellement.

Les prosternations sont une excellente gymnastique préparatoire à la position assise.
Les récitations interminables vident nos poumons de leur air, l’inspiration est la plus courte possible, ce qui est un excellent exercice de respiration.
Les sonorités employées sont très étudiées, elles nous relaxent, nous « nettoient » (comme les ultrasons employés en mécanique). Les tibétains sont maîtres dans l’art des sons pour la guérison.

La visualisations sous forme d’un personnage avec des objets sont un moyen mnémotechnique, et son « absorption » une thérapie, une « visualisation positive » très efficace. Cela a été étudié et approuvé par des psychanalystes.

Le fait de « prier » en commun développe des forces positives très fortes, parce que je pense que les émotions et les pensées sont des forces matérielles. Par tous ces exercices et méditation, on apprend à les dompter, donc à les utiliser plus efficacement dans la vie de tous les jours.

Donc, je vais très volontiers à ces pujas, non seulement elles m’amusent, mais aussi elles me coupent de mes préoccupations et je suis persuadée qu’elles ne peuvent m’apporter que du bon, tant sur le plan physique que mental, et sans doute au-delà (mais là, c’est terra incognita et je ne m’avance pas).

Ma préférée est la puja de Mahakala : elle commence lentement, puis s’accélère dans un rythme endiablé très scandé, il y a plein de bruits pour se réveiller de temps en temps, le mantra est très joli (mais je n’ai aucune idée de sa signification) et cette déïté très laide toute noire me plaît bien.

Voici une tanka de l'abominaffreux Mahakala et une vidéo d'extraits de sa puja



Dernière édition par leela le Mar 31 Mar 2009 - 22:56, édité 1 fois

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Re: Les rituels collectifs chez les bouddhistes

Message par Invité le Mar 31 Mar 2009 - 22:15


Ne vous attendez pas à un concert pop, quand même !
C'est filmé au milieu du rituel, qui dure minimum 45 minutes. C'est plus chouette quand il y a plus de participants, et ici, l'ambiance dans la salle n'est pas bien rendue, mais ça donne une petite idée.





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